J’ai testé pour vous… chercher un emploi de professeur de français au Maroc

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Devenir professeur de français langue étrangère (FLE) voilà mon nouveau projet de vie. J’aimerais, à terme, enseigner le français aux migrants primo-arrivants en France ou enseigner à l’étranger. Moi qui aime voyager, voilà de quoi lier ma passion pour le monde avec une activité professionnelle. J’ai donc décidé il y a deux mois de chercher un poste de professeur de français au Maroc, pays dont je suis tombée amoureuse il y a quelques temps. Bilan…


L’idée de départ…

Après avoir passé avec succès le test d’accès de la formation au diplôme d’aptitude à l’enseignement du français langue étrangère (DAEFLE), il ne me restait plus qu’à m’inscrire au CNED et effectuer mes cours à distance pendant une petite année.

Ainsi, me prend l’idée de chercher un organisme marocain public, privé, d’utilité sociale ou non, afin de donner des cours de français. Je pensais pouvoir mettre en application les apports théoriques de la formation. Une idée qui ne me semblait pas trop déconnante, ma foi !

Oui mais voilà…

Premier hic, arrivée sur place fin mai, je comprends vite que s’appuyer sur une association caritative est risqué compte tenu de l’aspect bancal et profiteur des projets associatifs.

Deuxième hic, j’apprends que mon projet ne pourra pas se faire dans les écoles publiques, où l’enseignement des langues est fermé et similaire à l’apprentissage des langues en France. Vous êtes vous déjà posé la question du pourquoi, nous les français, nous sommes complètement NULS en anglais ?!

Puis, sur les conseils d’un ami marocain professeur de français dans un collège, je dépose ma candidature dans plusieurs Instituts Français. Troisième hic, celles-ci, exceptée une, restent sans réponse. Et c’est avec grande déception que j’apprends que malgré mon « profil intéressant », je ne pourrai pas signer de contrat sans avoir obtenu de carte de séjour. L’administration, ou comment prendre le problème à l’envers, puisque vous ne pouvez pas obtenir de carte de séjour sans avoir de contrat.

Enfin, dernier hic, j’essuie aussi l’échec d’une rencontre avec le directeur d’une école privée franco-marocaine de Casablanca. Cet entretien n’a certes pas été inutile dans la mesure où l’on m’a suffisamment renseignée pour que je comprenne que, sans diplôme vous ne valez rien. Même si vous êtes natif du pays dont vous voulez enseigner la langue.

Bref… en y réfléchissant bien, ces institutions  sentaient bien trop la France pour moi. Enseigner le français oui, mais faire partie de l’élite expatriée méprisante, merci mais non merci!


Merci workaway !

Un peu dépitée, je me suis donc tournée vers le volontariat dans l’idée de me faire des contacts et de valoriser mon profil grâce à quelques expériences. Encore une fois, le site workaway (dont je vous ai déjà parlé ici) fait des miracles.

Sans vraiment le savoir, je contacte le responsable de la British Language Academy, que je rencontre le surlendemain. Le dialogue est franc, ouvert, et surprenant à la fois ! En effet, j’intègre l’école comme bénévole dans les trois jours qui suivent. Mieux encore, j’entrevois la perspective de devenir professeur de français après une formation auprès des professeurs. Rapidité, efficacité, cette proposition m’intéresse, et il ne reste plus que la confiance à installer…

Le mec me parait sain, la tête sur les épaules, avec plein de projets intéressants. Mais, me souvenant les mauvaises expériences que j’ai pu vivre avant d’en arriver là, je me méfie. Un jour un grand sage à dit : « Si tu veux vraiment me connaitre, n’écoute pas ce que je dis mais regarde plutôt ce que je fais« . Une philosophie que je m’efforce à mettre en application.

Savoir frapper à la bonne porte.

Un accueil au top !

Non seulement on me propose d’être formée, mais en plus je suis logée ! Mes collègues marocaines m’accueillent dans leur appartement comme une sœur. Une vraie auberge espagnole uniquement féminine où l’on parle anglais, français et darija. Elles me prêtent des fringues, moi qui porte les deux mêmes pantalons depuis 2 mois (je vous ai déjà parlé de mon aversion pour le luxe… mais bon, faut pas exagérer !). Le rêve.

Et surtout, je me sens en sécurité. Loin de cette mésaventure marquante d’Essaouira qu’un jour je vous raconterai peut-être… No way…

Sinon à l’école, tout se passe bien. Je râle un peu contre ceux qui ne lavent pas leur putain de vaisselle et ceux qui utilisent ce vieux torchon dégueulasse sale pour tout et n’importe quoi. Sans parler de ces putains de draps que personne ne veut prendre la responsabilité de laver (merde les gars, la washing machine ne va pas vous manger !)

Des liens sont tissés avec mes camarades volontaires de tous horizons (Angleterre, France, Turquie/Bosnie –love U Kerem-, Mexique…). Parce que nous nous sommes apprivoisés, chacun se raconte ses projets, ses galères et ses doutes. Et je me sens super triste de les quitter après tant d’angoisse et de joie partagés !


Des méthodes pédagogiques inspirantes…

Pendant 3 semaines, j’assiste donc aux cours de mes deux collègues marocains professeurs de français. Les deux méthodes sont différentes : l’une basée sur l’enseignant scolaire -lecture et écriture-, l’autre axée sur la communication.

La première m’a rapidement projetée dans le passé, lorsque j’assistais honteuse aux cours d’anglais au lycée. Cette époque remonte, mais je n’oublierai jamais comme j’avais peur de prendre la parole devant mes camarades boutonneux et moqueurs. Ni comment j’avais dû étudier Roméo et Juliette en version originale (pompeuse et au langage d’un autre temps) alors que je ne maîtrisais même pas le langage courant…

C’est donc la deuxième méthode qui m’intéresse le plus, et avec laquelle je me sens plus en adéquation : la COMMUNICATION.

L’avantage d’avoir pu observer ces deux approches, c’est que je sais à peu près comment je veux enseigner.

J’ai également eu l’opportunité d’assurer des cours lors de remplacements de mes collègues. J’ai alors compris ma douleur : essayez un peu de faire parler des élèves qui ne font que lire des textes et répéter ce qu’ils ont appris comme des perroquets. Vous passerez les deux heures de cours les plus longues de votre vie. Car cela a véritablement été un vrai CARNAGE.

… et des méthodes à réfléchir.

Cela m’a aussi permis de faire resurgir mon esprit critique qui depuis se trouve au meilleur de sa forme ! Et d’observer des faits qui me questionnent et pour lesquels je devrai un jour prendre position.

Par exemple, je suis bien d’accord qu’apprendre une langue, c’est s’ouvrir à une autre culture, une autre civilisation. Mais quel est l’intérêt de savoir parler du pays des autres quand on ne sait même pas s’exprimer sur le sien ? Savoir que l’on mange des frites à Bruxelles, c’est cool… Mais à quoi ça sert lorsque l’on ne sait même pas dire ce que l’on a mangé à midi ? Un couscous ? Ah ah ! Bien trop facile comme réponse !

Deuxièmement, je me demande quel est l’intérêt de faire recopier des phrases du tableau sans même contrôler que cela soit fait sans faute d’orthographe. Ou avec une majuscule en début de phrase, ou avec un point en fin de phrase. Bref, que cela soit bien fait.

Enfin, se pose la question grave de la menace des châtiments corporels. Non seulement le professeur m’a incluse contre mon gré dans ce système de merde particulier, mais en plus à aucun moment il ne m’a parlé d’une méthode alternative. C’est avec le cœur serré que j’ai observé cette jeune fille verser des larmes sur le bâton (que j’ai dû moi-même aller chercher… ) qui survolait ses doigts. Bien qu’elle n’ait pas réellement été battue, je suis restée choquée. L’école ne doit à mon avis pas reproduire les actes de violence (éventuellement) subis à la maison. Cette méthode n’est-elle pas d’un ancien temps ? N’est-ce pas choisir la solution de facilité que d’obliger un enfant à apprendre sous la menace ? N’y a-t-il pas d’autres solutions ?

Et surtout, avons-nous le monopole du savoir, nous européens bien-pensants ? Détenons-nous l’Absolue Vérité sur les méthodes éducatives ?


Le fin mot de l’histoire !

Bref, vous le voyez, il y a encore bien des questions en suspend. L’expérience me permettra sûrement d’y répondre, puisque j’ai signé au terme des 3 semaines un contrat de travail d’un an qui débutera en septembre prochain.

En parallèle, je vais suivre ma formation via le CNED, pour devenir je l’espère une super prof de français qui déchire !

Il ne me reste plus qu’à trouver une façon de remercier mon sauveur employeur Harim qui me fait confiance dans cette aventure, procéder au déménagement, négocier ma chambre privée au sein de l’école (oui je suis sociable mais bon…) et obtenir la carte de séjour marocaine. Encore quelques doutes en perspective donc… Et encore bien d’autres aventures à venir !

Mais cela, c’est  l’histoire d’un autre billet !


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